Nina Hagen chante Brecht

Voir Nina Hagen à Berlin, légende vivante de la scène punk allemande, était l’une de mes priorités Concerts à faire. Née à Berlin Est puis réfugiée en Allemagne de l’Ouest, Nina Hagen est devenue une icône allemande internationale. Autrefois poupée déjantée, elle n’a cessé de choquer et intéresser les médias, véritable ovni des années 80-90.

Le 18 décembre 2016, et pour la 25ème fois, Nina Hagen nous interprète « Brecht à la gratte » dans une réception plutôt intimiste au Berliner Ensemble, sur la place Bertholt-Brecht dans le quartier de Mitte.

C’est donc dans ce magnifique théâtre fondé par Brecht lui-même en 1949 que j’arrive, quelques minutes en retard. Je rate de peu les premiers mots d’introduction de Nina Hagen et me faufile vers les places du fond que l’on me désigne. Quelques détails me frappent : le théâtre est loin d’être plein, et la moyenne d’âge du public est de 40 ans. Nina n’est-elle plus si « in » que ça ? Notre chanteuse se tient assise sur scène avec sa guitare, coiffée d’un énorme nœud rose à fleurs et vêtue d’une robe à rayures blanches et oranges. Sur scène se trouvent aussi un contre bassiste, un guitariste et un pianiste.

Nina Hagen chantera différents registres, et pas seulement du Brecht. Nina chante le Blues, chante du Bob Dylan, chante des chants juifs, et dédie « cette soirée à tous les embryons frigorifiés dans les camps de concentration » tout en parlant de chats russes (oui, les animaux), de politique et de traitements psychiatriques. Du blues en allemand ? Oui, bon… ça ne groove pas autant qu’en anglais, mais quand Nina l’interprète, ce sont les sonorités qui en deviennent intéressantes.

La voix de la chanteuse aux quatre octaves se module dans toutes ses nuances, chante en anglais, allemand, français et hébreu, interchange et traduit les paroles pour les adapter selon ses interprétations toutes aussi originales les unes que les autres.

Entre chaque chanson, Nina interagira avec le public, parlera d’anecdotes intéressantes et plus ou moins marrantes sur la vie de Brecht, sur sa propre vie, et sur ses points de vue politiques et loufoques, au plus grand plaisir du public, hilare. Un homme cependant se risquera à lancer une remarque à notre maman punk, qui le remettra à sa place.

Après le break, nous avons droit à une campagne vidéo plutôt sympathique contre l’acharnement des soins psychiatriques, mettant en scène Nina Hagen, fortement impliquée dans cette initiative :

Puis Nina chante debout, bouge au rythme des chansons, tandis que les spectateurs restent plutôt impassibles, point négatif les concernant. A la fin du concert, Nina nous envoie un dernier message d’amour avant de sortir avec une brouette en sautillant.

En cette soirée de décembre, la veille de l’attaque du marché de Noël berlinois, Nina Hagen a su nous faire passer une soirée originale drôle et chaleureuse, en chantant pour les embryons et pour la paix.

Photo: © Marcus Lieberenz.

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