Moran Magal en acoustique au Sally Bowles

Un mercredi soir de février, le temps se déchaîne dans les rues de Berlin : la pluie tombe dru, le vent casse les branches des arbres sur la tête des innocents passants qui rentrent du boulot ou qui, comme moi, se hâtent pour arriver à un concert.

Je vais voir Moran Magal jouer en acoustique au Sally Bowles. La pianiste d’origine israélienne arrange et reprend des classiques du metal à la voix et au piano, et quand elle compose, ce sont des morceaux dans un état d’esprit assez dark, mais toujours teintés de la douceur apportée par sa voix alto. Ce soir, elle joue avec Alexey Kochetkov, violoniste touche-à-tout, que l’on entend aussi bien s’éclater sur des riffs de metal que dans un groupe de world oriental très multiculti.

Le Sally Bowles est un petit bar à l’ambiance jazz. Une fois passé le comptoir et les quelques tables, on arrive dans une pièce étroite où sont installés un piano demi-queue et une vingtaine de sièges. Le décor est feutré, rideaux de velours rouge, chandelles et photos de pin-ups. Le public arrive au fur et à mesure, la plupart sont des gens qui connaissent déjà le travail de Moran. Pas de doute, ce soir, l’ambiance sera intimiste et propice aux confidences.

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© Henry Schulz

Moran s’installe et entame une intro cristalline au clavier. Mais c’est bien un morceau de Marilyn Manson qu’elle reprend, et très vite, les sons graves du piano prennent le dessus. On enchaîne avec Toxicity, de System of a Down. La chanson est saccadée, la voix angoissante, et finit par mourir dans un chuchotement. Le public, regroupé tout près de la chanteuse, est très silencieux, écoutant chaque note avec attention.

On passe ensuite à Master of Puppets. C’est drôle, en moins d’une semaine, c’est la seconde fois que j’entends une reprise de cette chanson. Évidemment, l’arrangement de Moran n’a pas la puissance de feu de Metallica, et la douceur apportée par sa voix contraste avec les paroles plutôt agressives. La chanson se termine dans une envolée de notes au piano, et Alexey rejoint Moran dans l’espace restreint qui sert de scène.

Le violon reprend la plupart des mélodies, s’embarque dans des solos, apporte une autre couleur aux morceaux. Il fournit une introduction grinçante pour Go dark, une des compositions de Moran, qu’on retrouvera dans son prochain album. Il est à l’honneur avec de très jolies mélodies qui ponctuent Win me over, une autre chanson originale.

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© Henry Schulz

Réveillant un peu le public en transe, Moran nous fait taper dans les mains pour donner le rythme de Under your bed. Malgré sa mélodie chaleureuse, cette chanson parle de cauchemars et d’angoisses. On termine la première partie du set avec Short time happiness. Il paraît que les ruptures amoureuses font les meilleures chansons, en tout cas celle-ci est à la fois un cri de rage, une ode à la liberté retrouvée et un aveu de faiblesse, bref, un très beau morceau.

Après une pause où les musiciens prennent le temps de boire un verre de vin en papotant avec les auditeurs, on reprend avec des morceaux qui sont pour la plupart des compositions de Moran. Certains dont elle nous annonce qu’elle les joue pour la première fois devant un public. On se sent un peu privilégiés. C’est le cas notamment de Over my shoulder, aux très jolies mélodies orientales, ainsi qu’une chanson en hébreu qui raconte l’histoire d’un enfant perdu dans la forêt.

On entendra aussi Black Swan et Secret way to heaven, que je connais déjà puisque Stimmgewalt sera prochainement sur scène avec elle pour accompagner certains morceaux avec un chœur. Les compositions de Moran flirtent avec le gothique, sans jamais tomber dans ses clichés. Les paroles sont souvent mélancoliques et évoquent en filigrane la dépression, la solitude, ou encore la liberté des femmes. Le rendu est tout doux, sauf quand le piano s’énerve et se fait grave, sauf quand la voix se fait rauque et en colère.

Une dernière reprise de Marilyn Manson se termine dans une explosion de violon et de piano. Les musiciens s’éclipsent en coulisse mais reviendront très vite prendre un verre avec le public complice. On discute, en allemand, en anglais, en portugais. On reste encore quelques minutes dans l’ambiance cosy du bar, où flottent encore les notes de piano et de violon, avant de reprendre la route.

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© Henry Schultz

Moran Magal se produira bientôt à Berlin avec son nouveau groupe, dates à venir très bientôt !

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